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      Lamine Konté : le griot intello

    jeudi 11 octobre 2007, par Nago Seck

    (JPG)Lamine Konté a disparu brusquement dans la nuit de vendredi 28 à samedi 29 Septembre 2007 à l’hôpital Tenon à Paris, suite à une longue maladie.
    Issu d’une grande famille de « djélis » (griots) de Kolda, Lamine Konté dit « le griot intello » est l’un des premiers artistes mandingues à offrir une vision moderne de la musique de kora, mêlant répertoire traditionnel mandingue, mbalax sénégalais, afro-cubain, jazz, soul et rythme & blues.
    Amoureux de littérature, il est aussi le premier à mettre en musique les oeuvres des grands poètes africains et de la diaspora comme Léopold Sédar Senghor, Bernard Dadié, Léon Gontran Damas, Aimé Césaire, Birago Diop...

    Conservatoire familial et Ecole des arts
    Enfant de Kolda, Lamine Konté grandit dans un micro conservatoire familial de griots « Socés » (une branche du Mandingue) : son père est un célèbre korafola (joueur de kora) et sa mère, une grande diva de la chanson. Très jeune, son oncle l’initie à la kora et à la guitare. A douze ans, il maîtrise déjà les techniques de cet « instrument magnifique » qu’est la kora. En 1960, il a tout juste quatorze ans et s’installe à Dakar chez un autre oncle, Nago Guèye, premier korafola virtuose à tourner à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931 en Europe et en Amérique du sud. En 1964 , il intégre l’Ecole des Arts de Dakar et s’initie au solfège et à l’art dramatique. Passionné par plusieurs formes de musiques (traditionnelle africaine, classique et contemporaine occidentales), Lamine Konté fait véritablement ses débuts de musicien en 1966 au festival des Arts Nègres de Dakar organisé par feu le président Léopold Sédar Senghor. Il est encore étudiant.

    Lamine Konté et Stevie Wonder
    (JPG)C’est à l’occasion du Festival international des Jeunes et de la Culture en France où il représente le Sénégal, qu’il fait la connaissance d’un autre artiste casamançais, Doura Mané, comédien vedette au Théâtre Daniel Sorano de Dakar : ensemble, ils fondent les ballets « Forêt Sacrée de Casamance ». Les deux complices se retrouveront plus tard sur le tournage du film de Jacques Champreux, Bako l’autre Rive. Lamine Konté réalisera au cours de son existence plusieurs musiques de film dont celle de Baara de Souleymane Cissé et en 1979 celle du film de Stevie Wonder, Journey through the secret life of plants, une expérience inoubliable.
    En 1971, le jeune korafola s’installe à Paris, une étape clé de sa carrière et de sa création. Il y sort bientôt deux albums, La kora du Sénégal (vol 1 et 2), une musique inédite mêlant musique mandingue, mbalax, styles afro-cubains, jazz, soul et rythme & blues. L’album suivant, Chant du Nègre, chant du monde est une rencontre entre la kora et la poésie. Sur les écrits des chantres de la littérature négro-africaine (Senghor, Aimé Césaire, Bernard Dadié, Birago Diop, Léon Gontran Damas…), il crée en effet un accompagnement musical qui enveloppe les chants, les annonce, les prolonge, les soutient, en accentue les reliefs.

    Concerts et conférences
    (JPG)En 1987, sa tournée japonaise fait l’objet d’un disque, Live at Tokyo dans lequel il rend hommage aux « tirailleurs » sénégalais. Cinq ans plus tard, lors d’une tournée américaine, il participe à un colloque sur Soundjata Keïta organisé par les étudiants du Holyoke College de Massachusetts. Depuis, il n’a cessé de sillonner le monde pour des concerts ou pour donner des cours et des conférences dans des universités, notamment aux USA, toujours soucieux de diffuser la culture mandingue.
    Lamine nous quitté. Il avait tout juste 62 ans. Que la terre lui soit légère.

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