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    Memo-AfroZik

      Gabon (Afrique centrale)

    lundi 16 septembre 2002

    "Mémo-AfroZik" par Nago Seck, la chronique de l’histoire des musiques africaines.

    Ce mois ci : Gabon (Afrique centrale)

    (JPG)Au Gabon, l’introduction, au début du siècle, de la guitare, de l’accordéon et des musiques d’importation (valse, polka, tango, etc…), le passage des musiciens antillais amateurs de biguine et de mazurka dans les années 1940/1950 puis l’influence de la rumba (cubaine et congolaise) diffusée par Radio Congo Belge marquent les créateurs des premières formations d’orchestration moderne du pays (la Radio Congo Belge était sensée donner des informations sur la Seconde Guerre mondiale aux Occidentaux vivant au Congo Kinsahasa, actuelle République Démocratique du Congo alors dénommé Congo Belge). Parmi ces précurseurs, la Sainte Cécile d’Ozimo Damas, père des compositeurs Claude et René, s’illustre par le titre Okolongo écrit en 1956.

    La rumba congolaise, plus proche des sensibilités culturelles des nationaux s’impose sur la scène musicale gabonaise, faisant de nombreux émules dont Hilarion Nguema, fondateur en 1962 du groupe Afro Success et auteur du tube Crise économique (1988). Son premier titre, Télégramma, fut écrit par Pierre Akendengue qui se fait lui-même connaître en 1966 avec Poe, une composition à la fois mélodique et rythmique chanté en " myéné ".

    Trois ans plus tard, il opère une véritable révolution musicale en lançant un nouveau style s’appuyant sur les choeurs à la structure proche des chants traditionnels et alliant rumba afro-cubaine, mazurka, jazz, rhythm’n blues et sonorités gabonaises comme le " ndjembé " et le " bwiti ".

    La sortie en 1974 de son album " Nandipo " produit par Pierre Barouh pour CBS, internationalise ce courant urbain et transforme par sa recherche mélodique et ses textes incisifs et poétiques l’image du musicien africain considéré jusque-là comme un simple " ambianceur " et non comme un créateur à part entière.

    (JPG)Son style fera école avec des artistes tels Martin Rompavet, Pierre Claver Zeng devenu plus tard Ministre de la Culture et Marie-Josée Aziz I’nanga, inspirée par le patrimoine fang et une des premières femmes à intégrer une formation moderne.

    Ces années 1960 voient les débuts de Patience Dabany dite " la maman ". Issue d’une famille de musiciens (père accordéoniste et frère guitariste), elle commence très jeune à chanter avant de s’initier plus tard aux percussions et de populariser sur fond de rumba-zouk la culture " batéké " du Sud-Ouest du Gabon. Elle possède actuellement deux studios d’enregistrement : Mbila à Beverly Hills à Los Angeles et Elumba 2 à Libreville.

    Ces pionniers inspireront divers artistes : Vickoss Ekondo diffuse le " bwiti " et le " ngounyé " et Onoye Sissai (accordéoniste, percussionniste) tente de populariser le "ngonfi" (une harpe à huit cordes). Plusieurs autres créateurs ou groupes s’adonnent à la variété, à la rumba-rock, au soukouss et à l’afro-zouk : Oliver Ngoma, réalisateur à la télévision gabonaise, Chriss, Evizo Stars, Obaka, Trompettes de Jericho, Loco Stars et Ave Stars, Gabriel Ossoulouh, Ondo Mabele, Afféné, Angèle Assélé, Mackjoss, Paola, Alexandre Sambat, Pierre Emboni, Teke-Teke, Djoud, Campo Santo, Movaizhalaine, Ibis, Agape, Marie-Colombe, Mt Carmel...

    (JPG)Tandis que Big Joé, Cia Posse-X, Vibration et Ras Kombica assurent la scène rap, reggae et raggamuffin, François Ngwa, lui, exploite diverses musiques du pays (myéné, eshira, fang), d’Afrique du Sud (mbaqanga) et d’Occident (house, funk, rock). Mais l’une des vocalistes les plus douées de cette nouvelle vague est sans conteste Annie-Flore Batchiellilys. Auteur, compositrice, arrangeuse, celle qui " rêvait de quelqu’un qui croirait en l’art " (Le rêve du swing) débuta en 1988 au Carrefour des Arts à Libreville.

    Initié par Pierre Akendengue, ce centre a permis aux jeunes artistes de mieux appréhender, au contact des professionnels, les métiers de la musique. Arrivée en France en 1990, Annie-Flore Batchiellilys, soucieuse de perfectionner sa belle voix, s’inscrit à l’école des Sirènes de Lyon pour des cours de chant, apprenant pendant cinq ans les diverses techniques vocales.

    (JPG)Parallèlement, elle suit des cours particuliers avec une chanteuse de jazz arabe puis avec une tsigane. Son premier album, " Afrique mon toit ", une auto-production, laisse entendre, sur fond d’afro-folk, les musiques du peuple " Punu " : " l’ikolu " et le " malumu " jouées avec sanza, percussion et guitare lors des fêtes et le " mangoumbeu " proche du " mangambeu " camerounais et utilisé lors des funérailles.

    " Chez les " Punu ", les pleurs ressemblent à des chants ", dit-elle. Son deuxième album, " Diboty " (mai 2002), plus abouti, confirme son rang de " grande voix de la musique gabonaise " et ses textes laissent percer un discours profondément engagé et poétique. Tantôt mélancolique et plaintive, tantôt grave, tantôt jazzy, sa voix aux multiples intonations et au timbre doux et aigu transporte l’auditeur.

    * Nouvel album : "Diboty" - AFBMusic.

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