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NOTRE COUP DE COEUR...

20 ANS d'acquisitions du musée du Quai Branly Jacques Chirac

 

Exposition du 24 septembre 2019 au 26 janvier 2020

Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

Plus d’information sur www.quaibranly.fr

20 ans. Les acquisitions du musée Quai Branly - Jacques Chirac, est une exposition remarquable, témoin de la vitalité des créations d'Afrique, d'Océanie, d'Asie et des Amériques. Depuis sa première acquisition en 1998 une statuette féminine provenant du Mexique, créée entre 600 et 200 avant J.-C., symbole iconique du musée du quai Branly, jusqu'à nos jours, vous découvrirez plus de 500 chefs-d'oeuvre des arts premiers, principalement...



CEZANNE et les maîtres. Rêve d’Italie
Jeudi, 12 Mars 2020 20:17

Le musée Marmottan Monet présente la superbe exposition « CEZANNE et les maîtres. Rêve d’Italie » proposant la mise en regard de chefs-d’œuvre des grands maîtres italiens du XVIe au XXe siècle avec le travail de Cezanne. Vous découvrirez une sélection de toiles remarquables de Cezanne, dont l’iconique « Montagne Sainte-Victoire », les incontournables « Pastorale » et des natures mortes, des œuvres éblouissantes des peintres anciens et modernes tels que Bassano, Boccioni, Carrà, Giordano, Le Greco, Morandi, Munari, Pirandello, Poussin, Rosa, Tintoret, … Cette exposition de chefs-d’œuvre est un coup de cœur absolu. Elle vous permet de porter un nouveau regard sur le travail des artistes et aussi d’essayer de regarder avec les yeux de Cezanne... Jusqu’au 5 juillet 2020. Superbe !

 

 

 

 

Lorsque vous entrez dans cette splendide demeure, vous êtes dans un musée de collectionneurs qui est ouvert depuis six ans au public et aux artistes contemporains inspirés par les anciens. Deux événements majeurs viennent d’avoir lieu pour le Musée Marmottan Monet : l’acquisition d’une œuvre de Berthe Morisot de 1892, un jalon essentiel qui était resté dans la famille. Elle vient de ressurgir et complète le fonds. Et, l’acquisition d’une nouvelle toile de Monet. Mais pour l’heure, il s’agit d’admirer l’exposition temporaire « CEZANNE et les maîtres. Rêve d’Italie » dont le musée est très fier.


Pourquoi avoir intitulé cette nouvelle exposition « Rêve d’Italie » ?

Il faut savoir que malgré les apparences, Cezanne n’a jamais été en Italie. L’artiste s’est beaucoup inspiré des grands maîtres italiens au travers de leurs toiles et, en étudiant régulièrement les sculptures antiques du Louvre.

 

Qui est vraiment Cezanne ?

« Le maître d’Aix, Il est l’homme de la Sainte Victoire, il crée pour nous une vision permanente et intemporelle de la campagne aixoise. C’est un anti Monet parce que Cezanne a une vision de la permanence alors que Monet peint l’instant. Avec cette exposition, nous nous interrogeons sur la part italienne de Cezanne : comment s’inscrit-il dans la continuité ? Il devient un jalon dans l’histoire de la peinture italienne. » nous précise Marianne Mathieu, Historienne de l’art, Directrice scientifique du musée Marmotta, Monet.

Les deux commissaires de cette exposition, Marianne Mathieu et Alain Tapié, Conservateur en chef honoraire des Musés de France, Ancien directeur des musées des beaux-arts de Caen et de Lille, invitent les visiteurs à découvrir deux Cezanne dans un parcours organisé en deux sections.

Un Cezanne qui nous montre ce qu’il a vu d’une peinture, sa culture, … Vous verrez des duos et des trios d’œuvres qui présentent ce qu’il a ressenti et retenu d’une toile d’un maître ancien. La première partie invite à regarder les anciens « à la manière de Cezanne ».


 

Puis, dans la deuxième section, on découvre le Cezanne qui marque les peintres du Novecento italien, ces peintres modernes qui s’inspirent de Cezanne et en donnent une version silencieuse. Un chemin inverse est proposé dans la seconde partie de l’exposition. Là, il s’agit de saisir ce que les peintres italiens du XXème siècle reprennent de Cezanne.

Regarder un tableau avec le regard d’un peintre implique de se situer au-delà du sujet et au-delà des formats.

Qu’est ce que Cezanne retient de cette école vénitienne, la peinture, le croquis, le dessin, la mise à carreaux ? Avec les vénitiens, tout se joue dans la touche : que ce soit avec la ligne, la forme, la couleur ou les volumes ; l’artiste modèle la peinture.

On découvre la force du rapport que Cezanne entretient avec la nature, le paysage aixois. C’est un paysage du sud qui se rapproche de celui de l’Italie.

Les mots employés dans les cartels de l’espace muséal sont des mots de Cezanne.

Il peint en rêvant d’autres peintres et principalement des peintres vénitiens.

Ceux sont ses propres mots et ses propres pensées. À Venise, il cherche les équivalents plastiques et rentre dans le corps de la peinture. La couleur domine, agit par des tons rompus, la toile est absorbée par la couleur.


Simultanément, il évoque des sujets, jusqu’en 1880, des sujets personnels sur le thème de la femme. Cezanne met en place ce qu’il appelle les sensations plastiques, ses émotions sont liées à ses angoisses et aussi à ses moments de jubilation. On pourrait dire que le peintre réalise ses émotions. Ce qui est sujet devient accessoire pour lui. Il recouvre de peinture les sujets.

La peinture est volcanique et tellurique de bout en bout.


Vous verrez une manière de chercher la nature de la peinture, de dévoiler et de découvrir à travers les fondamentaux, dans un premier temps.

Ensuite, il cherche ce que fait la nature dans la peinture car pour lui, la nature fait déjà de la peinture.


Les tableaux de la première période, souvent de petits formats sont des œuvres très personnelles, où la tension, le tourment, la jubilation, la « terribilita » sont exacerbés.

Cezanne va chercher des sujets aussi dans la littérature, il aime les peintres et il aime la peinture, il admire Tintoret et Le Greco. Le meurtre, au même moment où est publié Thérèse Raquin par son ami Émile Zola. En 1860, il voit dans « le magazine pittoresque » la Dame à l’Hermine, une vierge, portrait de l’amie du Greco et ici, Cezanne représente sa sœur. Il donne à voir quelque chose d’intime et de profond.

Les tableaux napolitains nous conduisent à l’essentiel : une réforme de la pensée.

On cherche la dimension divine de l’Homme dans l’Homme lui-même. Dans l’humanité profonde, dans sa pauvreté, dans son existence, dans son réalisme, dans son naturel exacerbé. Cezanne cherche et trouve cette humanité profonde avec un tableau napolitain purement méditatif, il énonce un enferment, ce regard intérieur, pour le portrait de sa mère, Cezanne essaie de montrer une organisation de l’espace relativement semblable qui va donner la physique de la peinture et va exalter une dimension spirituelle.

« Les grands paysages classiques, notre Provence, la Grèce et l’Italie, tels que je l’imagine, sont ceux où la clarté se spiritualise. »

 

Être italien ?

Deux tableaux très différents montrent que Cezanne ne va pas copier, ce qu’il fait est plus profond et plus fondamental. Nous sommes dans une histoire de l’art. En regardant un tableau de Cezanne accroché près de celui d’un maître italien, on regarde ce qu’il y a d’italien dans le geste de Cezanne. On est invités à regarder un tableau de maître tel que celui de Tintoret, « à la manière de Cezanne ».

 

« Peu importe le sujet et peu importe le format, Cezanne en retient l’esprit. Nous sommes donc dans la continuité. À Venise il retient que la touche fait tout, c’est fondamental. Il s’est approprié le rapport à la « peinture - peinture » nous précise Marianne Mathieu.

Vous êtes à Venise, les peintres que Cezanne regarde sont Titien, Véronèse, … Au Louvre, il regarde et dit : « Je peins ce que je vois ; je peins ce que je sens, et j’ai de fortes sensations ».

Avec lui, il y a une allégorisation de la vieillesse, de la maturité, de la lassitude ; à travers un autoportrait, une réalité s’allégorise. Un de ses premiers tableaux, de petite taille, vient d’une gravure improbable pris dans un magazine, une scène d’un chinois lui même inspiré de la Divine Comédie, caractère électrisant de la peinture, irradiant. Une approche dérisoire, violente, presque irregardable d’une humanité hallucinante...


 

Inspiré par « La Cène » de Tintoret, Cezanne peint La préparation au banquet et là, ils sont tous ivres, montent sur la table… ils deviennent la table. Une telle interprétation est unique à Cezanne. Il part d’une humanité simple, cherche la compassion, dans une composition très puissante, on voit que le peintre travaille sur le modelé, qu’il appelle lui-même « modulation ».

Quand Cezanne allait au Louvre, ce n’était pas pour dessiner des tableaux mais pour dessiner des sculptures antiques et baroques. Il cherchait l’idée pour supprimer les lignes car pour lui, il n’y a pas de ligne dans la nature. Il fait en sorte, parfois, que les lignes qui deviennent des masses.

Les œuvres présentées ici sont pour beaucoup très rares, elles viennent de collections particulières, un point de vue inédit, soixante deux tableaux et quarante trois prêteurs, c’est exceptionnel.

On doit ici reconnaître et convenir que Cezanne ne copie pas, ne copie JAMAIS. Il intègre la peinture. Il s’est tellement imprégné de l’œuvre que l’on retrouve l’essence même de la démarche : pour devenir un maître, il se nourrit du travail de ses prédécesseurs, doit être de son époque et faire une œuvre singulière. Ici, c’est magistralement présenté.

 

Cezanne était un grand lecteur des philosophes anciens.

La toile « Le philosophe, avec une gourde à la ceinture », de Luca Giordano (Vers 1650), nous dit que la richesse est intérieure. Cela se traduit par une sorte d’inattention aux rapports sociaux, c’est physiquement une provocation.

 

Le principe est de ne pas donner à voir plus un élément qu’un autre, il y a une expansion de l’expression philosophique. La philosophie du néant et de l’immortalité est inscrite dans toute la peinture. Avec Cezanne, cela devient « Le jardinier Vallier ou Le Marin » (Vers 1902). Contemplatif…


Adieu Paris !

A partir des années 1880, il ne va plus à Paris car le marché est difficile et s’engage dans l’art de la peinture dans la nature en Provence. Il essaie de se réaliser d’une nouvelle manière avec une touche intériorisée alors qu’auparavant elle était extériorisée.

Il va casser une certaine ordonnance « classique » pour tout faire fondre dans un nouvel effet chromatique. À présent, il a une vision organique du monde, les sujets se mêlent s’échangent et se métamorphosent.

Devant la Sainte victoire, il trouve l’art dans la nature, l’art de la nature.

Avec le paysage, le peintre prête son corps à la nature, c’est ainsi que la peinture devient monde.


Les choses se disent dans l’espace

Cezanne regardait aussi profondément Poussin et ses tons rompus, les figures ont la même vitalité que la nature. Le rêve de Cezanne devient alors de pouvoir peindre des corps de femmes nues mais il n’est plus à Paris et il n’y a plus de modèles…

Il veut faire de l’impressionnisme comme quelque chose de solide comme l’art des musées. Il se nourrit de Poussin. Sa pastorale est construite d’une manière identique à Poussin et pourtant elle est très différente, elle est vaporeuse et sensuelle.

Pour être un maître, on doit avant tout « être soi ». Cezanne disait pourtant « surtout ne m’appelez pas Maître ! »


« Les peintures des maîtres anciens nous aident à comprendre Cezanne et, l’inverse est tout aussi vrai : Cezanne nous aide à comprendre le travail des anciens. » ajoute Alain Tapié.

Tout est cyclique. Avec Cezanne on découvre une touche parfois de saturation. Son approche organique avec sa touche singulière à la fois légère et modulée. Avec l’œuvre Château Noir, on voit parfaitement la fusion entre la figure et le paysage.

 


 

 

Avec Nature morte de Cezanne, on voit qu’il retient des peintures antiques une profondeur horizontale en réponse à la Natura morta de Cristoforo Munari. Sa manière de travailler sur la chair. Nous sommes absorbés par le sujet. Cezanne commence par l’objet qui est le sommet, le melon d’abord, et petit à petit, il descend dans la composition et tout est très organique. Les fruits se mélangent totalement à tous les autres éléments de la composition.

Sa « Nature morte avec crâne » montre que les symboles n’ont pas leur place, c’est plutôt la matière qui domine. Elle est comme une offrande. Tout ici est modulé. Peu importe le sujet. Une figure est peinte comme une nature morte. Le sens de sa peinture se situe ailleurs. Elle se métamorphose…

 

 

Le Novecento

On découvre, dans la deuxième et dernière section de l’exposition, ce que Cezanne a donné aux peintres du Novecento. Cezanne ne joue pas sur les ruptures. Il est dans les continuités et lui-même est suivi. Les artistes italiens s’inspirent à leur tour de ses compositions, de ses touches vibratoires. Ils donnent du paysage leur vision conceptuelle. Le paysage devient un support philosophique. Cela devient une méditation, une philosophie.

Ces peintres du Novecento ont donné une interprétation physique sous une forme d’abstraction, une forme plus métaphysique. On dépasse presque le regard.

Cezanne est pour eux un passeur. Il y a de l’émotion. Ça vibre. Il y a du silence aussi ; il y a de la métaphysique. Sur des sujets identiques ils expriment des émotions totalement différentes.


Un souffle vital irradie de toutes les œuvres


Ne soyons pas dépendant uniquement de nos regards, mais cherchons des sensations. Cezanne avait envie que nous ayons une approche tactile ; il sculpte avec la peinture. Ces peintres italiens nous conduisent vers une dimension du silence c’est une sonorité qui est donnée.

Cezanne convoque dans cette partie un tout autre regard.

Plus tard, il vit une sorte de dépouillement avec des compositions plus dégagées, plus libres, plus vides.

Ces italiens du Novecento qui regardent Cezanne, le font avec beaucoup de tendresse et d’intimité. Cezanne peint son ami Zola. On y découvre ici de la douceur et de la fragilité d’être. À l’opposé du portrait de son épouse exposée dans la première section, beaucoup plus dure, plus grave, presque pesant.

Les italiens du Novecento retrouvent leur monde à travers Cezanne.


Pour Cezanne comme pour Morandi la nature morte est un dévoilement poétique, un hymne à la vie.

Pourquoi restons-nous en contemplation devant une pomme ou un poire peinte par Cezanne et non pas devant une véritable pomme ?

Pour comprendre l’état extatique dans lequel nous pouvons nous trouver face à ses œuvres, peut-être nous faut-il aller sur ses traces en Provence, là où la lumière à guider ses pas, éclairant son chemin de création jusqu’au seuil de l’abstraction.

« Cezanne est le père de nous tous ! » disait Picasso…

Cezanne s’inscrit dans la continuité des maîtres italiens du XVIe au XXe siècle.

Le jeu organique permet de montrer les liens et de donner un corps unique.

Si nous fermions les yeux face aux dernières toiles, nous ne garderions qu’une seule image, celle de la pureté des sens.

Florence Courthial



 

CEZANNE et les maîtres. Rêve d’Italie

Jusqu’au 5 juillet 2020

Musée Marmottan Monet

2, rue Louis-Boilly, 75016 Paris

Réservation groupes : Tél. 01 44 96 50 83

 

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h. Nocturne le jeudi jusqu’à 21h. Fermé le lundi et le 25 décembre.

Ateliers pédagogiques : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

www.marmottan.fr

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