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NOTRE COUP DE COEUR...

INFINIS D’ASIE

Jean-Baptiste HUYNH

Exposition jusqu’au 20 mai 2019 - Musée National des Arts asiatiques – Guimet

6 place d’Iéna – 75016 Paris

Plus d’information sur www.guimet.fr

Le musée Guimet présente une splendide rétrospective de photographies de l’artiste franco-vietnamien Jean-Baptiste Huynh du 20 février au 20 mai 2019. Cette exposition nous enchante car elle est un voyage imaginaire et introspectif du photographe réalisé pendant deux ans au sein des collections et des réserves du musée. Les visages, les regards, l’image de soi, la lumière, les végétaux, les objets usuels et sacrés, les animaux, l’intemporalité et la relation à l’infini sont autant de sujets explorés par cet artiste.



ZOUM ZOUM BÉNIN
Vendredi, 12 Avril 2019 17:19

 

« ZOUM ZOUM BÉNIN » est le nom que nous avons choisi pour vous présenter notre reportage culturel réalisé récemment au Bénin, à l’occasion de l’exposition des deux artistes béninois, Gérard Quenum et Karimi Chouyouti à la Délégation de l’Union Européenne. Comme vous le savez, un artiste peut en cacher un autre, alors lorsqu’il s’agit de deux artistes, imaginez tous ceux que nous allons vous présenter dans cet article… Vous découvrirez les expositions de la Fondation Zinsou à Cotonou et à Ouidah, l’atelier de Gérard Quenum, son expo avec Karimi, le musée privé du Vaudou et son directeur passionné et passionnant Youssoufou Adékpédjou et, le centre d’art thérapie « Vie & Solidarité » créé par le célèbre et adorable photographe Louis Oké-Agbo à Porto-Novo.

 

 

Zoom zoom Bénin, c’est à la fois un clin d’œil au zoom des appareils photo du grand photographe Philippe Biancotto et, c’est un hommage à tous les Zem Béninois qui, sur leur scooter, en voient (et nous en font voir) de toutes les couleurs et risquent leur vie à chaque carrefour. Nous, on les zem…

(Zem est l’abréviation du fon zémidjan qui signifie « emmène-moi vite » d’où le nom donné aux motos-taxis. Dans chaque ville, la couleur du T-shirt du chauffeur est différente). Si vous ne savez pas dans quelle rue vous êtes, vous savez au moins dans quelle ville…

Zoom sur l’expo à la Délégation de l’Union Européenne de Cotonou

Du 21 février dernier et jusqu’au 24 avril 2019, le célèbre artiste plasticien Gérard Quenum et son poulain, Karimi Chouyouti, peintre et designer, présentent leurs œuvres au sein de la résidence de l’Union européenne à Cotonou. Les peintures de Gérard Quenum (13 tableaux) dialoguent avec les tabourets et les sculptures dessinées par Karimi Chouyouti puis sculptées dans du bois de cocotier. Il en présente une trentaine, tous de style et d’utilisation différents. Voir notre article du 20 février dernier.

Zoom sur Gérard Quénum, artiste plasticien

Gérard est né en 1971 à Porto-Novo, au Bénin. Artiste plasticien, il peint, sculpte et transforme les éléments en les déstructurant et en les recomposant. Il aime redonner vie à ce qui est abandonné ou jeté.

Gérard pense qu’un artiste est avant tout un messager. Humaniste depuis toujours, les messages qu’il tente de faire passer à travers ses œuvres son des messages d’amour et de bienveillance.

De nombreuses œuvres telles que son échelle de la vie ou encore certains totems, montrent des poupées cassées, défigurées, coupées, échevelées, borgnes parce qu’un trop grand nombre d’enfants innocents, en Afrique et dans le monde, souffrent de la faim, des guerres, de parents violents ou non aimants, et, de tant d’autres maux insupportables.

Grâce à l’échelle de la vie, on voit qu’il y a des niveaux à passer, à franchir.

« L’échelle de vie peut résumer ma démarche dans la sculpture, le bois que j’utilise c’est du bois de pilotis, on l’a utilisé pour construire des maisons sur l’eau, ce bois est resté des années dans l’eau et il est devenu très dur. Les poupées ont été utilisées par des enfants, plusieurs enfants de la même famille. Au fil des années, les poupées sont transformées. Dans ces poupées, les enfants y ont mis toutes leurs émotions. Au Bénin, un enfant n’a qu’une seule poupée et elle est jetée lorsque plus personne ne l’utilise et qu’elle est très endommagée. »

« Chaque Homme se suffit à lui-même. Même ceux qui sont montés tout en haut de l’échelle, sont obligés d’en redescendre. »

Gérard, avec ses sculptures, met en abîme la fragilité des enfants dans ce monde injuste. Au Bénin, la majorité des humains souffrent encore de la faim, n’ont pas d’eau courante ni même un logement. Même si le Bénin est un pays stable, il y a encore d’immenses progrès à faire.

Les peintures actuelles de Gérard sont des clins d’œil à la vie quotidienne des béninois, pêcheurs, agriculteurs, porteuses d’eau, de fruits, …


La toile avec la pirogue dont l’image ne se termine pas nous interpelle. Elle est splendide car elle fait rêver d’infini… Le travail de Gérard est souvent spirituel. Gérard laisse le regardeur interpréter lui-même ses œuvres. Pour lui, sa pirogue non terminée montre un état qui ne finit pas de finir.

Son œuvre est unique, elle sort totalement des clichés académiques et des courants esthétiques actuels. Il crée spontanément, avec son corps, avec son cœur et toujours en conscience. Parce qu’il pense que c’est par la conscience qu’on se relie au divin et que l’on peut toucher l’âme des humains.

Le travail vient aussi d’un questionnement sur la politique. Toutes ses œuvres symbolisent un message avec une image rigoureusement traitée, avec simplicité pour ne pas brouiller l’esprit mais en prenant beaucoup de temps. Il cherche une harmonie entre la matière et l’image. « Peindre pour moi, faire passer un message, ne doit pas être fait à la légère. Nous devons avoir de la rigueur. »

Son intérêt pour l’art est né lorsqu’il était très jeune et a commencé avec des amis.

« L’art c’est ce que nous sommes. Nous sommes des œuvres d’art. L’art c’est incroyable parce que la Nature est très belle. Alors, imaginez un artiste qui veut peindre la nature, c’est très difficile. Dans la Nature, il n’y a pas d’équilibre et pourtant tout est équilibré. Nous créons, que ce soit sur un plan philosophique ou autre. En fait, c’est impossible pour moi de donner une définition de l’art. »

Gérard Quenum vit et travaille au Bénin, dans son atelier adjacent à son foyer. Il est père de plusieurs enfants. Ses œuvres sont exposées dans le monde entier et certaines font partie des collections permanentes du British Museum à Londres.

Zoom sur la Fondation Isebayé, musée du Vaudou de Porto Novo

Youssoufou Youssoufou Adékpédjou est le fondateur et le directeur du musée privé du Vaudou à Porto Novo, collectionneur et conservateur, passionné et passionnant.

Ce musée, appelé aussi Fondation par les visiteurs béninois, existe depuis trois ans. Les œuvres présentées ici sont principalement cultuelles du vaudou, et ethnographique car vous pouvez y découvrir de la monnaie ancienne en fer, qui a servi au troc et un grand nombre d’objets historiques... Cela fait six ans que Youssoufou cherche et collectionne des objets d’art issus de villages alentours et aussi de dons de personnes qui visitaient la galerie d’art qu’il avait avant de fonder ce musée et qui lui apportaient des objets très anciens dont ils ne voyaient pas l’utilité sinon celle d’en faire profiter les arpenteurs de musées et les amoureux de l’art ancien. Ses premières collections furent des tissus antiques, brodés, tissés à la main. On tombe en extase devant les costumes Yoruba d’époque, leurs broderies sont superbes ; il y a aussi des poteries et des sculptures découvertes lors de fouilles archéologiques ou, parfois, par des ouvriers qui travaillent sur des routes et découvrent des vestiges. Certains béninois négligent la culture mais sont heureux d’en faire profiter les collectionneurs et les amateurs.

Plus de 5.000 pièces de collections et reliques issues de couvents et de temples relatant une grande partie de l’histoire du Bénin et du Nigéria (de peuples Fon ou Yorouba) y sont exposées ou, rangées dans de grands coffres en bois, qui eux-mêmes sont très beaux.

La passion d’une collection d’objets rares

Cette collection époustouflante rassemble un patrimoine hors du commun, dont la richesse, la variété et l’originalité sont immenses. Le travail de conservation et de présentation est superbe. La visite commentée est passionnante.

Nous vivons un grand nombre d’émotions face à la beauté des œuvres et aussi, en découvrant l’usage vaudou. Les explications du travail d’un maître « ifa » sont toutes très intéressantes.

Youssoufou nous dévoile ses œuvres préférées telles que la statuette zoomorphe en bois, qu’il appelle Chamba, avec un corps d’homme et une tête de canard, ou de crocodile, ou d’oiseau. Son origine est le nord du Nigéria. Le peuple Yoruba étaient des chasseurs. La création d’objets zoomorphes vise d’abord à rendre compte des rapports que les animaux entretenaient entre eux et des catégories dans lesquelles les humains les plaçaient. Ces sculptures sont principalement des analogies avec les modes de fonctionnement de chacun, humain et animal.

Les chasseurs étaient parfois rassemblés en confrérie et les sculpteurs également forgerons jouaient des rôles spécifiques et codés dans de nombreuses sociétés subsahariennes. On leur associait des figures animales telles que l’hyène ou le pangolin.

Youssoufou nous montre aussi une bouteille qu’il dit être chargée d’énergies, le chef de village l’utilise pour avoir une force surnaturelle pour dominer les autres. A l’intérieur, un alcool fort, issu de l’arbre du palmier. C’est le décor qui impressionne le collectionneur. Du bois, de la toile qui pouvait être un linceul, il y a beaucoup de vibrations. Cette bouteille est entourée de têtes. Il faut être spirituel pour comprendre la symbolique de cette bouteille. Youssoufou est en admiration devant cet objet cultuel. « Comme je vis avec tous ces objets, je peux boire cet alcool, il m’apporte une certaine force ! ».

Cette bouteille est le tibia d’un des jumeaux. Les jumeaux s’attirent mutuellement. La gémellité en pays Yoruba a conduit à la mise en place des jumeaux, ere ibeji (ere : image, ibi : né, eji : deux) qui aurait pris naissance à partir de ceux d’hohovi des Fon et venavi des Éwé. La gémellité est symbole de prospérité et de richesse. Le couple partage une seule et même âme. Si l’un des deux meure, l’autre sera totalement déséquilibré. C’est pourquoi, lorsque les parents perdent un de leurs enfants, ils commandent immédiatement la réalisation d’une statuette en bois, ere ibeji, qui va accueillir l’âme du défunt. Et si les deux meurent, deux statuettes seront réalisées. Les jumeaux décédés sont considérés comme les enfants de Shango. Shango est le Dieu du tonnerre et il a beaucoup de femmes. Sa femme préférée c’est Oya, la déesse de la forêt. Les jumeaux morts rejoignent le monde des divinités et deviennent des Orisha.

Les Yorubas accordent une importance et une attention très particulières aux jumeaux car ils sont symboles de bienfaits. Les fétiches et les autels matérialisent autant les interactions avec telle ou telle entité invisible que l’idée d’un au-delà et un ici-bas où les relations sociales et les rapports de pouvoir se croisent et souvent, se confrontent. Certains objets ont le pouvoir de protection et d’autres, l’inverse.

Deux bouteilles blanches ensemble, c’est le Diobe, signe du bonheur, forment un couple très esthétique, très purs. Yousouffou nous montre plusieurs œuvres majeures de sa collection dont un masque en bois polychrome époustouflant surmonté de plusieurs animaux colorés par des pigments naturels. Une masse telle une société secrète. Il symbolise la sorcellerie, la chasse, avec un aigle qui pique un serpent. C’est un masque appelé gèlèdè.

Il termine ce court et superbe inventaire choisi avec une monnaie d’échange qu’il appelle aussi Chamba.

 

 

La collection d’œuvres illustre deux liens essentiels, celui de l’histoire du Bénin et celui des croyances des peuples qui l’habitent. Cette fondation est un souvenir ineffable du Bénin.

 

 

 

 

Gageons qu’elle recevra des aides de l’état rapidement pour pouvoir être promue mondialement et conservée, comme il se doit, car c’est un patrimoine culturel exceptionnel que détient et partage avec amour Youssoufou Adékpédjou.

 

 

 

 

 

 

 

Zoom sur Louis Oké-Agbo, photographe et directeur de l’ONG Vie et Solidarité

Louis Oké-Agbo est un photographe béninois humaniste qui a créé en 2017 un centre d’art thérapie à Porto Novo dans lequel il accueille les enfants ayant un handicap soit physique soit mental, qui ont été rejetés par leur famille et qu’il a trouvé dans les rues.

Photographies, peintures, dessins, musique et sport sont valorisées dans le centre.

Actuellement ils sont une dizaine de jeunes à venir peindre, dessiner, jouer d’un instrument au sein de ce foyer à ciel ouvert. Ils s'appellent Bénédicte, Dovonou, Benjamin, Bruce Tchibozo, Gérard, Gildas, ... et déploient un talent incroyable avec les couleurs, les formes, les pinceaux et les crayons. Louis les laisse totalement libres de créer ce qu'ils veulent.

 


 

Toutes les photographies de Louis prennent le parti de révéler l'actualité béninoise, sans filtre. Il compose des photographies dont la technique est particulière et reconnaissable immédiatement. En effet, Louis superpose des visages et des corps avec des textures issues de la terre, des sols, des murs, et aussi, d'autres photographies. Ses créations font toujours référence à l'être humain et à son environnement.

Les ventes de ses photographies servent à financer le centre d'art au service de la santé mentale. Les thèmes abordés touchent la folie, l'abandon, les jeunes et le vaudou.

 

 

Zoom sur la Fondation Zinsou à Cotonou

Vous serez accueillis très chaleureusement par des guides passionnants dans cette fondation qui présente de nombreuses expositions sur des thèmes variés. Un joli et délicieux café vous attend au rez-de-chaussée, avec une décoration 100% Africa. Nous avons vu l'exposition "L'Afrique n'est pas une île" grâce à laquelle nous avons découvert différents regards portés sur plusieurs pays du continent par plusieurs artistes photographes. Les différentes séries photographiques présentées incarnaient les notions d'espace/temps, personnalisant une histoire, expérimentant une géographie pour penser en tant que sujet "Comment faire Monde ?"

www.fondationzinsou.org

 

Zoom sur la Fondation Zinsou à Ouidah

Cette fondation donne régulièrement carte blanche à un(e) artiste.

Ces grands vases en terre cuite, béton, plâtre, chaux et pigments, de la série "Les femmes de l'Eau" ont été réalisés par la jeune artiste Pauline Guerrier qui a séjourné plusieurs mois au Bénin et transmet tout son vécu au travers de son oeuvre, variée et splendide.

Ses peintures sur coton teint à la main avec une série appelée "les Ciels fantasmés d'Afrique", ses sculptures et ses installations avec des cheveux sont splendides. Nous avons été éblouis et très émus par ses créations originales et sensuelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Zoom sur le centre culturel de Ouadada

De nombreux artistes béninois y exposent tout au long de l'année. C'est aussi un centre culturel et touristique.

Pour toutes informations : www.oudada.com


 

 

 

ZOOM ZOOM Bénin

Reportage réalisé par Florence Courthial, journaliste et Philippe Biancotto, photographe, au cours des mois de février et mars 2019.

 


Nous remercions vivement tous les protagonistes de cette belle aventure.

Merci aussi à Jean-Marie, chauffeur et guide à Ouidah et jusqu'à la magnifique plage de Grand Popo.

Crédits photos : Philippe Biancotto et Florence Courthial

www.biancotto.com

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