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NOTRE COUP DE COEUR...

INFINIS D’ASIE

Jean-Baptiste HUYNH

Exposition jusqu’au 20 mai 2019 - Musée National des Arts asiatiques – Guimet

6 place d’Iéna – 75016 Paris

Plus d’information sur www.guimet.fr

Le musée Guimet présente une splendide rétrospective de photographies de l’artiste franco-vietnamien Jean-Baptiste Huynh du 20 février au 20 mai 2019. Cette exposition nous enchante car elle est un voyage imaginaire et introspectif du photographe réalisé pendant deux ans au sein des collections et des réserves du musée. Les visages, les regards, l’image de soi, la lumière, les végétaux, les objets usuels et sacrés, les animaux, l’intemporalité et la relation à l’infini sont autant de sujets explorés par cet artiste.



Rencontrer mon père
Mercredi, 13 Mars 2019 16:34

 

« Rencontrer mon père », le deuxième long métrage du sénégalais Alassane Diago est dans nos salles de cinéma depuis le 20 février dernier. Ce documentaire autobiographique est singulier, puissant et profond car il touche nos cordes sensibles sur les questions de la famille, de l’immigration et de la quête de sens. Alassane Diago ne connaît pas son père qui l’a abandonné vingt ans plus tôt dans son village du Sénégal sans donner de nouvelles, sans jamais revenir et sans subvenir aux besoins de ses enfants (sa sœur et lui) ni de sa femme. Le réalisateur décide d’aller à la rencontre de son père au Gabon où il s’est installé depuis et y a fondé une autre famille. Alassane Diago pose sa caméra au sein de cette famille, principalement face à son père et met en place un dialogue. Poignant, parfois déconcertant !

 

 

Synopsis

Aujourd’hui je suis devenu un homme, comme mon père.

Alors je décide d’aller à sa rencontre pour savoir ce qui le retient à l’étranger depuis plus de vingt ans, sans donner de nouvelles, sans revenir, sans subvenir aux besoins de ses enfants ni de sa femme.

 

 

Gros plans sur un père fantasmé

Le village d’origine du réalisateur est constitué d’une population nomade, les Peuls, qui vivent depuis des générations de l’agriculture et de l’élevage. Dans les années 70-80, une grande sècheresse a décimé le bétail et a poussé les hommes à partir ailleurs pour trouver de quoi nourrir leur famille. Le père d’Alassane Diago faisait partie de cette génération de migrants dont on ne parle que très rarement.

Pour ceux et celles qui connaissent cette migration massive et l’amour générationnel que portent les hommes vis-à-vis de leur bétail, pas d’étonnement de découvrir un père, qui malgré son immigration, continue de choyer ses bêtes, bien plus que ses enfants.

Alassane Diago en est déconcerté mais ne perd pas le fil rouge de l’entretien qu’il met en place dans ce film-documentaire d’une intimité presque gênante. Il prend le son et l’image, seul, face à sa mère d’abord, puis longuement face à son père et il questionne aussi ses sœurs. Sa mère tente de se consoler en pensant que l’abandon est issu d’une volonté divine.

Le réalisateur a toujours rêvé de son père, ayant toujours crû et imaginé son retour. Comme cela n’arriva jamais et qu’il avait un besoin vital de le voir, il est parti à sa rencontre. Ce père qui n’a jamais rompu les liens avec les amis de son village sénégalais, a appris que son fils était cinéaste et qu’il parlait de lui dans un de ses films. Il s’en est senti humilié et en veut beaucoup à Alassane.

Dans le film « Rencontrer mon père », Alassane Diago lui présente ses excuses à plusieurs reprises et cela interpelle les spectateurs occidentaux car c’est à des milliers de kilomètres de notre culture. « En Afrique, si ton père est en colère contre toi et même si tu as raison ou si tu es dans ton droit, il faut commencer par lui demander pardon. »

On est choqués aussi d’entendre qu’il a abandonné sa famille et ses enfants en bas âges parce que « c’est Dieu qui en a décidé ainsi ». Ce père invoque souvent Dieu car il est musulman pratiquant ; pour lui, Dieu excuserait tout… Dieu est à l’origine de Tout. Allasane Diago reste calme (certainement parce que la caméra posée sur un pied lui permet de garder sa verticalité). On imagine à quel point cela doit être difficile de jongler entre sa position de fils et celle de réalisateur.

Le regardeur est souvent happé par de longs silences qui deviennent tantôt méditatifs, tantôt introspectifs. Ils sont lourds et chargés de sens cachés. L’atmosphère est souvent pesante parfois humide, surtout après l’orage et à cause d’un trop plein de non-dits. Ce père n’exprime pas ses pensées profondes mais ce qu’il trouve de normal pour un être pieux vivant un quotidien simple. On ne le voit pas travailler, par contre ses enfants réalisent les tâches les plus difficiles et travaillent pendant les vacances scolaires afin de subvenir à leurs besoins.

Allasane Diago posent des questions qui dérangent.

« Dans mes films, je suis amené à prendre des positions jugées transgressives par ma société, par la génération de mes parents. Ils ne comprennent pas le sens de mes questions, ils sont choqués par les tabous que je transgresse et ne sont pas conscients des enjeux philosophiques et humains de mes prises de position. J’ai cependant confiance en la nouvelle génération. Les jeunes d’aujourd’hui sont presque tous scolarisés et eux, comprennent très bien ce que je fais. »

Allasane Diago est toutefois persuadé que ce père retrouvé, même s’il ne montre ni ses émotions ni son amour, est un père qui a du cœur. Nous, on doute… C’est heureux que Diago fasse une thérapie grâce au cinéma, pourvu que ça lui fasse le plus grand bien.

On est surtout touchés par la douceur et l’équilibre du réalisateur tant dans son approche de fils que de caméraman. Une sorte de grâce enveloppe le spectateur, comme une aura. Le pardon serait-il à ce point puissant ?

Florence Courthial


Rencontrer mon père

Un film d’Alassane Diago

1h50 / DCP / Couleur / France / 1.78 / 5.1 / 2018 – Visa 145 530

Sortie nationale le 20 février 2019

Réalisation, image et son : Allasane Diago

Montage : Catherine Gouze

Mixage : Philippe Grivel

Production exécutive : Michel Klein

Direction de production : Angèle Diabang et Alassane Diago

Production : Les Films Hatari, Les Films d’Ici, Avec le soutien du CNC, Ciné+, Région Ile de France et Strasbourg Eurométropole

Distribution : JHR FILMS

www.jhrfilms.com


Presse : Ciné Sud Promotion

www.cinesudpromotion.com

Claire Viroulaud


Bande-annonce :

https://vimeo.com/307525533

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