logotype

NOTRE COUP DE COEUR...

20 ANS d'acquisitions du musée du Quai Branly Jacques Chirac

 

Exposition du 24 septembre 2019 au 26 janvier 2020

Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

Plus d’information sur www.quaibranly.fr

20 ans. Les acquisitions du musée Quai Branly - Jacques Chirac, est une exposition remarquable, témoin de la vitalité des créations d'Afrique, d'Océanie, d'Asie et des Amériques. Depuis sa première acquisition en 1998 une statuette féminine provenant du Mexique, créée entre 600 et 200 avant J.-C., symbole iconique du musée du quai Branly, jusqu'à nos jours, vous découvrirez plus de 500 chefs-d'oeuvre des arts premiers, principalement...



Qui est Karimi Chouyouti ?
Mercredi, 20 FĂ©vrier 2019 17:46

 

Karimi Chouyouti, fondateur du site Blackmap en 2000, est aujourd’hui un artiste-peintre aux mains vertes... Karimi porte en lui la double culture béninoise et française... Après de multiples vies et de nombreuses années à Paris, il affirme avec aplomb sa double vocation d'agriculteur et d'artiste-peintre. Cependant, un seul visage le caractérise : celui d’un homme souriant, émerveillé et solide, comme la terre qui le porte. De ses voyages et de sa stabilité intérieure sont nés le désir de créer toujours à partir de ce que lui offre la nature, notamment la terre qu'il cultive au Bénin avec une joie sans cesse renouvelée, en quête d'essentiel pour l'âme et pour le corps. Conscience et confiance sont les maîtres-mots de cet artisan-agriculteur hors normes. Une exposition de ses dernières créations artistiques, des tabourets très originaux, se tient à la « Résidence de la Délégation de l’Union Européenne » à Cotonou au Bénin, du 21 février au 24 avril 2019.

 

Entretien.

Karimi, quel a été votre premier contact avec l’art ?

Mes premiers contacts en ce domaine ont démarré de manière ordinaire en 1987. J’ai eu la chance d’habiter le 1er arrondissement de Paris pendant plus d’une vingtaine d’années. Paris, considérée comme capitale mondiale des arts, ne pouvait être un hasard de mon parcours. Cette proximité avec la ville fut l'occasion rêvée pour moi de fréquenter assidûment des lieux nichés au cœur de ce carrefour artistique, comme le Louvre, le Centre Georges Pompidou et son parvis, la rue de Seine avec ses galeries, le Pont des Arts et ses artistes, etc. C’est ainsi que je suis venu à l’art.

Quelles ont été vos premières émotions face à une œuvre d’art ?

Quand j'ai découvert les œuvres de Fernando Botero, ce grand artiste colombien, j'ai tout de suite aimé leurs couleurs gourmandes et chaudes, leurs formes massives, rondes et voluptueuses qui expriment pourtant beaucoup de légèreté. J'aime beaucoup aussi le travail de Wifredo Lam, poète et peintre cubain, qui est pour moi l’incarnation même de l’émerveillement, y compris si le sujet choisi est laid. Une grâce absolue jaillit de ses œuvres ! Je m’extasie également devant les œuvres de Picasso et de Joan Miro.

Quand avez-vous réalisé vos premières créations ?

Dans les années 2005-2008, je gérais le site internet que j'ai crée, Blackmap.com , et j'ai découvert durant cette période que j'adorais écrire. J'ai aussi pensé que le dessin pourrait devenir mon outil préféré. Ma première création fut réalisée le jour de mon premier cours de dessin avec un professeur des Beaux Arts, sous l’angle des couleurs. Au milieu de l’atelier étaient posées une assiette et une pomme, elles devaient nous inspirer, nous devions faire à partir de ces deux éléments ce que nous voulions. Lorsque le professeur m'a dit « c’est beau ce que vous faites » et que l’on m’a aussitôt stipulé qu’il n’avait pas l’habitude de faire des compliments, cela m’a poussé à me lancer dans l’art pictural. Depuis, je dessine, je peins, je fais des esquisses de sculptures, j’œuvre dans différents matériaux et aujourd’hui, je privilégie le bois de cocotier que j’adore.

Comment passe-t-on du dessin à l’agriculture bio ?

Lors d’un séjour au Sri Lanka, j’ai reçu des soins ayurvédiques qui m’ont permis de bien me centrer en moi-même, de ressentir et de sentir qui j’étais vraiment. Au cours de ce séjour de plus de trois semaines, la beauté des couleurs et des formes, les fruits à profusion dès le réveil, les légumes frais juste sortis de terre et posés dans les assiettes, m’ont donné envie de faire de l’agriculture bio. Les bienfaits des fruits et des légumes bio, donc non engorgés de produits chimiques, sont infinis. Le Bio est la garantie de se nourrir de produits sains. J’ai donc suivi plusieurs stages en culture bio, dont une formation de deux mois au Bénin, au centre SONGHAÏ. J’y ai fait l’apprentissage du maraîchage, de la production animale locale, de la fabrication d’aliments pour la production animale et j’ai aussi appris le compostage.

J’ai appris tout le processus d’un végétal. De là m'est venue l’idée de créer une résidence à la fois maison d’hôtes et ferme au Bénin à Porto Novo.

Avec Sibylle Schwarz, ma partenaire, artiste allemande, nous avons baptisé ce lieu magique « AvantGarden ».

De ces deux mots on peut entendre « avant garde », clin d’œil au mouvement avant-gardiste sur le cubisme et « garden », qui veut dire jardin en anglais. Pour moi, jardiner est un art, et créer c’est toujours se positionner en avant-garde, imaginer l’avenir, le réaliser. Cultiver, c'est aussi se cultiver…

Qu’est-ce qu’il y a de culturel dans l’agriculture ?

L’approche ! L'agriculture que je pratique demande tout un processus qui devient un rituel, si on aime ce que l’on fait. J’ai en mémoire des propos de mon père qui disait que « la terre appartient à celui qui la cultive et si tu lui fais du bien, elle te le rend ». Il a été la première personne à m’encourager à acheter des terres au Bénin et à les exploiter. « La terre ne ment jamais », dit-on. Elle se cultive, Elle sert aussi à créer des sculptures, des objets usuels comme des pots, des jarres, des assiettes... En faisant de la permaculture, je sais ce que je mange, je connais la traçabilité des produits, j’en connais la composition, et même si cela ne m’enrichit pas financièrement, je me sens profondément riche parce que je suis en très bonne santé, je m'enrichis par ce que je produis.

Je crée, donc je suis. J’existe grâce à la nature, c’est mon violon d’Ingres.

Vous définissez-vous comme « artisan de la terre » ou « artiste de la terre » ?

Artisan, parce que c’est surtout un travail manuel et peu conceptuel. On utilise très peu d’outils mécaniques ou électriques. Nous sommes des petites mains qui faisons vivre cette ferme (avec une équipe de trois personnes).

En complément de l'agriculture, votre activité artistique vous conduit à peindre, à dessiner, mais aussi à concevoir du mobilier d’intérieur. Dans cette polyvalence de talents que vous manifestez, peut-on dire que vous êtes en quête de sens par vos sens ? Que l'essentiel se trouve dans cette recherche ?

A propos des sens, pour moi le toucher est moins manifeste que l’odorat. On touche ce qui est déjà produit… J’aime particulièrement l’odeur de la terre surtout après la pluie, l’odeur du bois, celle de la décomposition. Il y a une certaine alchimie dans tout cela. Le toucher, c’est plus subtil lorsque l’on a de la terre on essaie de l’égrener, on touche si elle est riche, si elle sent, si elle a du potentiel. En ce qui concerne l’ouïe, j’aime écouter le vent, les oiseaux, le bruit du vent dans les branches, dans des feuilles, les oiseaux qui ont trouvé par exemple mes arbres comme résidence. Quant à la vue, j’aime la couleur verte avec ses nuances, c’est ce qu’on voit partout dans « Avant Garden ». Outre les arbres typiquement locaux, j’ai aussi des arbres du Sri Lanka, des « Temple Trees » et des arbres avec des histoires. Enfin, pour le goût, c’est plutôt les goûts, ceux des fruits, particulièrement : les mangues, les papayes, les oranges, les bananes plantain et les citrons verts. Les animaux et les plantes font aussi partie de mon paysage. J’aime la nature dans son ensemble et c’est en méditant près d’un cocotier que m’est venue l’idée de créer des tabourets. On peut les voir exposés au sein de la Résidence de la Délégation de l’Union Européenne à Cotonou au Bénin, du 21 février au 24 avril 2019.

Pourquoi privilégiez-vous les tabourets en bois de cocotier ?

Ce choix du tabouret me pousse à en explorer les origines, l'histoire, les aspects à la fois utilitaires, décoratifs, voire même symboliques, notamment dans les cultures africaines. J’essaie d’en moderniser le concept et d’en élargir l'usage premier : le tabouret devient une table de nuit, un cale-porte, une œuvre décorative. Il peut aussi s'empiler sur d'autres tabourets, le tout formant des colonnes-personnages qui se déploient en hauteur et permettent de gagner de l'espace dans une pièce...Ils peuvent aussi devenir des totems.

Les possibilités de détournement de cet objet traditionnel sont infinies !

Merci pour cet entretien. Nous viendrons très prochainement réaliser un reportage sur place pour découvrir l’exposition et « AvantGarden ».

Nous savons que depuis la nuit des temps les êtres humains aiment fabriquer des choses qui répondent à leurs besoins matériels et aussi spirituels. Ce qui est particulièrement vraie en Afrique subsaharienne où l’inventivité est très forte. Le mobilier est souvent constitué de simples nattes et d’objets pour s’asseoir ou reposer sa tête. S’asseoir pour manger mais aussi pour échanger, regarder et rêver. On sait aussi que pour un roi son siège est son double et qu’il incarne son âme.

Le tabouret, en Afrique, revêt un nombre presque incalculable de symboliques. C’est pourquoi nous allons être enchantés de découvrir toutes les facettes de ceux fabriqués par Karimi.

 

 

Nous avons hâte ! Pour compléter cette interview, nous pourrions ajouter que Karimi a plus d’une corde à son arc, dont celle de devenir designer ! Le Bénin constitue un vivier foisonnant de formes, de couleurs et de motifs pour l’art et le design, gageons que cette collection grandissante de tabourets devienne un art de vivre. Élément du mobilier le plus usité en Afrique, symbole de puissance et objet de première nécessité, y compris chez les peuples nomades, le siège offre au designer d’affirmer sa maîtrise technique et d’exprimer ses choix artistiques et plastiques. Au Ghana, on dit qu’il n’y a pas de secret entre un Homme et son siège, déjà imprégné de la force de l’arbre dans lequel il a été taillé. Autant de symboles, de mystères que d'objets utiles et agréables à regarder. Et l'idée de gagner de la place en les empilant en totem est top ! On adore...

Florence Courthial

 

 

 

 

 

EXPOSITION GÉRARD QUENUM & KARIMI CHOUYOUTI

Résidence de la Délégation de l’Union Européenne à Cotonou au Bénin

Du 27 février au 24 avril 2019.

Vernissage le 21 février 2019.

Visites sur rendez-vous tous les mercredis après-midi de 14h à 17h.

Contactez la DUE au (+229) 21 31 26 17

Karimi Chouyouti : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. - Tél. (+229) 96 28 68 50 et Facebook

www.eeas.europa.eu/benin

Facebook : Union Européenne au Bénin

top