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NOTRE COUP DE COEUR...

Zao Wou-Ki (1920-2013) : « L’espace est silence »

Musée d’Art moderne de la ville de Paris

jusqu’au 6 janvier 2019

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Le Musée d’Art moderne de la ville de Paris présente la première grande exposition consacrée depuis quinze ans à l’artiste Zao Wou-Ki (1920-2013) : « L’espace est silence », jusqu’au 6 janvier 2019. Zao Wou-ki aimait peindre ce qui ne se voit pas : le souffle de la vie, le vent, le mouvement, la vie des formes, l’éclosion des couleurs, leur fusion, … Si son œuvre est aujourd’hui célèbre, les occasions d’en percevoir la complexité sont encore trop rares



TRANSMISSION / TRANSGRESSION
Mercredi, 31 Octobre 2018 14:12

 

Élève de Falguière et praticien de Rodin, enseignant renommé à l’académie de la Grande Chaumière, aux Gobelins et dans ses propres ateliers, Antoine Bourdelle (1861-1929) fut le maître de sculpteurs célèbres tels que Alberto Giacometti, Germaine Richier, Léon Indenbaum, Céline Emilian, Bror Hjorth, Hedwig Woermann, Otto Gutfreund, Vera Moukhina et de nombreux autres ; presque autant de femmes que d’hommes ont été ses élèves. Grâce à l’exposition « Transmission / Transgression, Maîtres et élèves dans l’atelier » actuellement au musée Bourdelle, on apprend comment s’élabore une sculpture et découvre combien le nombre de praticiens, artisans et artistes sont nécessaires. Tout un savoir-faire et un faire savoir transmis par Bourdelle et transgressé par la plupart de ses élèves. Didactique, passionnant et éblouissant ! Les femmes sculptrices y sont à l’honneur...

 

« Dans la vie des sculptures, un plan superficiel est un incident, mais un plan profond, constructif, est une destinée. » C’est avec ces propos de Bourdelle, issus d’une lettre à Rodin, que nous pénétrons dans la salle contenant les sculptures monumentales de l’artiste. Cette allocution prend tout son sens tout au long de la visite. Avant de se diriger vers l’exposition temporaire, il convient de se remémorer à quel point Bourdelle excelle dans son art.

On connaissait Bourdelle sculpteur mais peu Bourdelle enseignant.

L’exposition « TRANSMISSION / TRANSGRESSION. Maîtres et élèves dans l’atelier : Rodin, Bourdelle, Giacometti, Richier… » propose de découvrir plus de 165 œuvres, dont une cinquantaine de photographies, une cinquantaine de sculptures et une quarantaine de dessins, réalisés par Bourdelle et tous les artistes qui ont fréquenté son atelier. Les visiteurs plongent au cœur des processus de création et découvrent les rapports entre maîtres et élèves, entre artistes et praticiens.

A peu près 50% de femmes sculptrices sont élèves et praticiennes au sein de l’atelier de Bourdelle, malgré les conditions difficiles des ateliers de l’époque.

Bourdelle élève

Bourdelle en tant qu’élève, le fut d’abord de son père artisan et ébéniste, puis il suit le cursus de l’école des Beaux Arts de Toulouse en 1876, puis celle de Paris en 1884, dans l’atelier d’Alexandre Falguière. Il pratique le modelage avec lui et devient excellent. Puis il a besoin de s’émanciper et de travailler par lui-même ; il suit les conseils de Jules Dalou et devient praticien de Rodin. Il fait alors de la taille de pierre directe et reçoit des commandes. Bourdelle était un éternel insatisfait par rapport à son propre travail. Pourtant, il estime que ce que faisaient Falguière et Dalou n’était pas l’art de demain…

Commande majeure dans l’histoire de sa collaboration avec Rodin, la grande Ève en marbre débutée en 1893 avec le concours de Gaston Toussaint, praticien du praticien, devint incompatible avec les ambitions de Bourdelle. Fort du succès que remporte son Héraklès archer à l’exposition de 1901, Bourdelle s’émancipe de Rodin et crée son propre atelier.

Bourdelle enseignant

Bourdelle devient enseignant grâce à son goût des expériences. Sa méthode est socratique, il pousse les élèves dans leurs retranchements, leur apprend à regarder et à voir différemment, à chercher et à trouver leur propre voie.

Comme il a de nombreuses commandes, il s’entoure de praticiens confirmés et aussi d’élèves. Les photographies et les dessins exposés restituent l’intense activité de Bourdelle qui dirige ses ateliers et ses chantiers comme un chef d’orchestre. On a plaisir à admirer une note laissée par le maître pour ses collaborateurs qui donnent les instructions, en neuf parties, du processus à suivre pour bien œuvrer et préserver la qualité de l’argile. On rit devant son croquis montrant que tout le monde peut œuvrer dans son atelier, même un jeune enfant…

À Montparnasse, au sein de son propre atelier, à l’Académie de la Grande Chaumière ou encore à l’école de dessin de la manufacture des Gobelins, Bourdelle forme des centaines d’élèves français et étrangers, venant du monde entier. Professeur bienveillant, pédagogue adulé, Bourdelle propose un apprentissage anticonformiste et éclectique dispensant les bases pratiques mais invoquant que les esprits doivent s’éveiller et les élèves doivent s’épanouir comme bon leur semble, après avoir acquis les bases.

Chercher au plus profond de soi ce que la matière inspire comme création. Travailler avec son âme. Laisser exploser sa créativité. Voilà ce que le visiteur comprend de l’enseignement de Bourdelle. Il soulève les questions clefs de l’enseignement artistique, entre respect et tradition, et renouvellement de la forme. Il les aide à s’affranchir et à trouver leur voie.


 

« Je ne suis pas un maître d’école, un professeur, mais un artiste qui travaille avec vous. »

On découvre alors la réussite de sa méthode en regardant les œuvres de ses élèves. Citons quelques exemples de belles émancipations : le Portrait de Foujita par Léon Indenbaum, la Mère et l’enfant de Bror Hjorth, le Grand Masque de Sesostris Vitullo, la tête de profil de Vera Moukhina, la Fiancée du Nil de Mokhtar, et tant d’autres.

C’est aussi merveilleux de voir que les élèves étaient fréquemment des modèles. Bourdelle en a fait des sculptures superbes. On pense au buste de Fanny Moscovici, La Roumaine, à la beauté solaire du buste d’Henriette Petit, peintre et sculptrice de renom, La chilienne ; à la Femme sculpteur au repos, il s’agit d’une figure du modèle favori de Bourdelle, son élève puis son épouse et collaboratrice, Cléopatre Sevastos, et tant d’autres, … Pour n’en citer que quelques uns : Bella Raftopoulou, Kuheiji Kaneno,Takashi Shimizu, Hedwig Woermann, Irène Codreano, … les plus connus étant Giacometti et Richier.

 

 

La taille de la pierre par mises au points

Au centre du parcours, un module créé spécifiquement pour l’exposition présente de manière didactique la technique de la taille de la pierre par le procédé de la mise aux points. Un dispositif interactif et numérique accompagne cette présentation pour appréhender le processus de création d’une œuvre, du modèle en plâtre à sa production en pierre. Très instructif et passionnant !

 

 

 

Pour clore l’exposition, on admire des œuvres de Germaine Richier et Alberto Giacometti. C’est le père de Giacometti qui a recommandé à son fils d’être élève de Bourdelle. Il travaille sur les bustes et les figures. Germaine Richier a choisi Bourdelle pour devenir une grande sculptrice et sait que c’est en passant par l’atelier de Bourdelle qu’elle pourra le devenir. Elle devient très proche de lui et dit qu’il lui a tout appris à l’inverse de Giacometti qui s’affirmait totalement libre.

 

 

 

Germaine Richier, tout comme Bourdelle, devient aussi enseignante et utilise le fil à plomb comme outil essentiel à la construction des œuvres.

 

C’est une aventure formidable de découvrir les élèves qui sont passés par l’atelier de Bourdelle, et toujours un bonheur immense de déambuler au sein de ce magnifique musée / atelier. Et si vous reconnaissez sur les photos un membre de votre famille, grand-père, grand-mère, arrière grand-père ou arrière grand-mère, tante ou oncle, … surtout n’hésitez pas à le dire à Amélie Simier, conservateur général du patrimoine, directrice du musée Bourdelle et commissaire d’exposition. Elle sera enchantée de pouvoir en savoir plus sur l’artiste enfin découvert(e) et pourra compléter les archives du musée.

Aucun doute qu’une telle exposition fera naître des vocations…

Florence Courthial



 

 

 

 

 

TRANSMISSION / TRANSGRESSION

Maîtres et élèves dans l’atelier : Rodin, Bourdelle, Giacometti, Richier…

Exposition jusqu’au 3 février 2018


Musée Bourdelle

18 rue Antoine Bourdelle, 75015 Paris – Tél. + 33 (0)1 49 54 73 73

www.bourdelle.paris.fr

Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h.

Activités tous publics, tous âges

Informations et réservation : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Tél : 01 84 82 14 55

 

Offre partenaire : sur présentation de votre billet d’entrée « Transmission / Transgression » au musée Bourdelle, bénéficiez d’un tarif réduit pour découvrir l’exposition « Giacometti, entre tradition et avant-garde » au musée Maillol, et inversement. Lire notre article en ligne.

 

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