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NOTRE COUP DE COEUR...

Zao Wou-Ki (1920-2013) : « L’espace est silence »

Musée d’Art moderne de la ville de Paris

jusqu’au 6 janvier 2019

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Le Musée d’Art moderne de la ville de Paris présente la première grande exposition consacrée depuis quinze ans à l’artiste Zao Wou-Ki (1920-2013) : « L’espace est silence », jusqu’au 6 janvier 2019. Zao Wou-ki aimait peindre ce qui ne se voit pas : le souffle de la vie, le vent, le mouvement, la vie des formes, l’éclosion des couleurs, leur fusion, … Si son œuvre est aujourd’hui célèbre, les occasions d’en percevoir la complexité sont encore trop rares



Zao Wou-ki, l’espace est silence
Lundi, 02 Juillet 2018 10:16

Le Musée d’Art moderne de la ville de Paris présente la première grande exposition consacrée depuis quinze ans à l’artiste Zao Wou-Ki (1920-2013) : « L’espace est silence », jusqu’au 6 janvier 2019. Zao Wou-ki aimait peindre ce qui ne se voit pas : le souffle de la vie, le vent, le mouvement, la vie des formes, l’éclosion des couleurs, leur fusion, … Si son œuvre est aujourd’hui célèbre, les occasions d’en percevoir la complexité sont encore trop rares. L’exposition souhaite en renouveler la lecture et invite à une réflexion sur le grand format, qui devient vite, pour le regardeur, une invitation aux voyages et un instant de pure méditation… Superbe !

 

Durant ses dernières années de création, Zao Wou-Ki arpentait toute la journée son atelier, faisant d’incessants aller et retour le long des tableaux en cours. Il reculait jusqu’à dix mètres, se rapprochait jusqu’à coller son nez sur la toile. Il regardait, il soupesait l’affrontement des masses, comparait les effets de couleurs, rectifiait un détail par-ci, par-là, ou, reprenait des parties entières à grands coups de pinceau, hésitant toujours entre le calme et la tempête des formes et des couleurs. Ne disait-il pas à ses élèves qu’il fallait réaliser des peintures cyclothymiques ? Était-il cyclothymique lui-même pour donner de tels conseils ? Peu importe, l’essentiel est dans les émotions que nous procurent ses toiles, dans les sentiments que nous ressentons à faire voguer notre regard dans les vagues, les signes, les traits, les formes, les couleurs, les volumes, le visible et… l’invisible.

 

Renouvellement constant du peintre

La démarche de Zao Wou-Ki a toujours était très personnelle, n’entrant dans aucun cadre et aucune classification. Il a toujours essayé d’inventer d’autres chemins s’abandonnant au seul bonheur de peindre. Indifférent au sujet, il a toujours imaginé d’autres espaces et il regardait autrement. Dans la réalisation de ses aquarelles, le peintre se sentait libéré de toutes emprises et de toutes conventions. Zao Wou-Ki a tout un héritage issu de la peinture traditionnelle chinoise, a été influencé par Klee dans les années 50 puis a réalisé des formes uniques aujourd’hui. On reconnaît son « style » au premier regard. Au moyen de la vacuité spatiale et des métamorphoses des couleurs, il exprimait les charmes de l’Orient. Son expression était totalement libre et sans contrainte, les lignes colorées glissaient au gré de son inspiration et de son humeur en tentant de ne jamais reproduire la nature mais de la représenter avec sa propre imagination.

La Nature, bien au-delà des formes et des couleurs

Chaque changement de lieu était toujours une source d’inspiration pour Zao Wou-Ki. Dans cette exposition, vous vous promènerez comme dans un jardin, à la rencontre des beautés de la nature vue puis imaginée et, enfin, après de longues réflexions, imagée par Zao Wou-Ki. Des couleurs éclatantes, sombres ou claires, posées par touches vaporeuses ou avec des stries apparemment désordonnées apparaissent dans ses compositions qui alternent entre le léger et le dense, le vide et le plein, le vif et le lent, l’ombre et la lumière… autant d’oppositions des éléments que de créations.

Le MAM de Paris présente une quarantaine de tableaux de très grandes dimensions, dont certaines, comme ses encres réalisées en 2006, n’ont jamais été encore exposées au public.

À propos des encres de Zao Wou-Ki réalisées dans les années 80, le poète, écrivain et critique d’art Bernard Noël dit « pas de projet une projection de soi, pas de geste la vie mouvante, soudain au bout du pinceau. »

Artiste au croisement de plusieurs mondes, Zao Wou-Ki quitte la Chine en 1948 pour s’installer à Paris au moment où « l’art vivant » commence à se partager entre les États-Unis et la France. Sa vie fut jalonnée de rencontres et de voyages.


« J’aime que l’on se promène dans mes toiles comme je m’y promène moi-même en les faisant » précisait-il.


Sa nature humaine intervient aussi dans son processus de création puisqu’il rend souvent hommage à ses amis ou à des personnalités du monde pour lesquelles il entretenait soit de la considération soit une forme d’intimité. Hommage à Claude Monet, Hommage à Matisse, Hommage à Edgard Varèse, Hommage à Henri Michaud, Hommage à André Malraux, En mémoire de May, …

 

Coup de cœur pour le triptyque « Le vent pousse la mer » créé en 2004.

Alors que Zao Wou-Ki ne peignait que des toiles abstraites, il demanda à son épouse, Françoise Marquet, de chercher dans les livres de peintures chinoises un tableau avec un petit bateau (thème récurrent en Chine depuis le XIIe siècle). Il choisit le plus simple et griffonna une esquisse sur un bout de papier. Puis, pendant trois semaines, assis devant le tableau, le croquis à la main, il chercha quel serait l’emplacement de ce petit navire. Il choisit la partie extrême droite de l’œuvre et transforma cet immense tableau abstrait en un gigantesque océan déchaîné sur lequel flotte toute seule une petite jonque, dans laquelle on peut imaginer une figure humaine…


 

Le vent pousse la mer, 2004

Huile sur toile  - 194,5 x 390 cm

Collection particulière

Photo : Dennis Bouchard / Zao Wou-Ki ©ADAGP, Paris, 2018

 

 

On ne visite pas l’exposition Zao Wou-Ki, L’espace est silence, on s’y promène… en quittant le monde matériel pour s’évader dans un espace intemporel, coloré, fluide, onirique, léger, poétique et illimité. On se délecte par ses instants de pure beauté et de silence absolu, pour entrer dans un univers paisible et sensible. Les mots restent au fond de notre gorge pour laisser place à la quiétude de la contemplation. On est dans un temps suspendu qui flotte. Parfois les couleurs ressemblent à des bulles de savon qui se posent délicatement sur la toile comme on se couche sur l’herbe fraîchement coupée… une sorte d’extase ou de transe…

Florence Courthial

 

 

ZAO WOU-KI

L’espace est silence

1er juin 2018 – 6 janvier 2019

Musée d’Art moderne de la Ville de Paris

11, avenue du Président Wilson

75116 Paris

Tél. 01 53 67 40 00

Attention : Le musée d’art moderne est en cours de rénovation jusqu’à l’automne 2019. L’entrée se fait au 12-14 avenue de New-York côté Seine.

Horaires d’ouverture : du mardi au dimanche de 10h à 18h – nocturne le jeudi de 18h à 22h – fermeture le lundi, le 25 décembre 2018 et le 1er janvier 2019.

L’exposition est accessible aux personnes handicapées moteur et à mobilité réduite.

Informations et billets coupe-file sur www.mam.paris.fr

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