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NOTRE COUP DE COEUR...

20 ANS d'acquisitions du musée du Quai Branly Jacques Chirac

 

Exposition du 24 septembre 2019 au 26 janvier 2020

Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

Plus d’information sur www.quaibranly.fr

20 ans. Les acquisitions du musée Quai Branly - Jacques Chirac, est une exposition remarquable, témoin de la vitalité des créations d'Afrique, d'Océanie, d'Asie et des Amériques. Depuis sa première acquisition en 1998 une statuette féminine provenant du Mexique, créée entre 600 et 200 avant J.-C., symbole iconique du musée du quai Branly, jusqu'à nos jours, vous découvrirez plus de 500 chefs-d'oeuvre des arts premiers, principalement...



Le descendant africain d’Arthur Rimbaud
Lundi, 18 Février 2013 14:08
alt Après le très beau roman « Etrange ballet des ombres », publié en 2011, prix du jury Saint-Estèphe, l’auteur Victor Kathémo nous offre un roman original et originel dans lequel il mélange plusieurs formes d’écriture, de la poésie au théâtre, en passant par de longues phrases et en construisant un style vraiment unique. Il raconte les péripéties de Racho, un homme originaire de Dirédoua, près de Harar en Ethiopie, qui est un descendant d’Arthur Rimbaud.

La trisaïeule de Racho, femme Amhara d’une certaine élégance, vendeuse d’épices, vécut une brève et discrète idylle avec Arthur Rimbaud, de passage à Harar, qui fut attiré par le long collier d’ambre qu’elle portait au marché. De cette union, naquit Racho, heureux héritier d’un veine artistique féconde, tout comme Rimbaud. Ce ne sont pas les mots que Racho sculptait, mais des bibelots.

« Les mots à moi étaient des courbes que j’imposais aux fils de fer et de cuivre, les motifs que je gaufrais sur des plaques en bois, les édifices temporaires, les stèles que je proposais à la vue, lesquelles étaient constituées d’un assemblage de bibelots. A l’époque, on me surnommait : sculpteur de la récupération, alors on me chargeait en me disant capable de transformer une décharge en œuvre d’art… »

Malheureusement, Racho ne gagne pas sa vie avec ses sculptures et décide de tout quitter pour aller découvrir la terre de son illustre ancêtre. Une démarche qui renvoie à celle de Rimbaud quittant sa région de Champagne-Ardenne pour vivre l'aventure africaine. Racho fait donc l’inverse.

Racho se cache dans un container d’un cargo en mouillage dans le port autonome de Cototrou, qui part pour l’Europe. Il y commence une introspection enflammée. Ses pensées dévoilent son passé et considèrent son avenir dans un univers théâtral baptisé Bellevie…

Mais Racho ne sera pas accueilli en France comme il espérait : « L’un deux s’esclaffa pour déclarer que l’époque des poètes était révolue, substituée par celle des financiers, que nulle part au monde, l’évocation de mes liens avec ce poète qu’ils ignoraient ne me ferait déverrouiller une porte.»(page 95)

Le récit s’articule autour d’une pièce de théâtre racontant le périple du narrateur. Les personnages s’appellent : immigré, agent, suicidaire, clochard, prostituée, … chacun représentant un aspect de la vie du narrateur.

Les difficultés de l’immigration : hébergement précaire, isolement, pauvreté et immense solitude, sont éprouvées par Racho qui essaie d’en rire grâce à sa faculté d’adaptation et son lyrisme.

Le lecteur est happé par les descriptions des péripéties politiques, existentielles et amoureuses du héros qui a laissé derrière lui une femme et un fils, qui bientôt viendront le rejoindre en France.

« La notion du bien et du mal était relative non seulement aux individus, aux traditions mais, également, à la durée sur laquelle portait le jugement. J’en arrivai à conclure que personne ne pouvait jamais juger le degré de bienséance de mes actes sur le court terme et sans prendre en compte mon parcours, mon passé, ma culture, à vrai dire, tout ce qui me caractérisait. Est-ce extravagant de penser ainsi ? Quand on n’a pas connu l’angoisse d’une situation de sans-papiers, on ne peut pas se rendre compte jusqu’où l’être humain est en mesure de s’apprivoiser de l’impudeur, on ne saura pas qu’un titre de séjour est comme une peau de l’âme destinée à contenir les ruades de celle-ci.» (pages 203 et 204).
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L’écriture de Victor Kathémo est superbe mais assez déroutante. Son style unique et très original rendent l’opus presque inextricable. Le rythme est soutenu, entrecoupé de très beaux poèmes, jolis clins d’œil à Rimbaud. Ce roman est un véritable patchwork de sentiments, de sensations et de quête de soi qui nous invite à nous mettre dans la peau de Racho.

Le descendant africain d’Arthur Rimbaud, écrit par Victor Kathémo (« cas tes mots »), est une œuvre unique, certainement à l’image des sculptures de Racho, aux éditions Myriapode.

www.gillesparis.com

par Florence Courthial
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