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NOTRE COUP DE COEUR...

20 ANS d'acquisitions du musée du Quai Branly Jacques Chirac

 

Exposition du 24 septembre 2019 au 26 janvier 2020

Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

Plus d’information sur www.quaibranly.fr

20 ans. Les acquisitions du musée Quai Branly - Jacques Chirac, est une exposition remarquable, témoin de la vitalité des créations d'Afrique, d'Océanie, d'Asie et des Amériques. Depuis sa première acquisition en 1998 une statuette féminine provenant du Mexique, créée entre 600 et 200 avant J.-C., symbole iconique du musée du quai Branly, jusqu'à nos jours, vous découvrirez plus de 500 chefs-d'oeuvre des arts premiers, principalement...



Le terroriste noir
Lundi, 04 FĂ©vrier 2013 16:57
alt "Le terroriste noir", roman écrit par Tierno Monénembo, (auteur qui a reçu le Prix Renaudot en 2008 avec son roman "Le roi de Kahel"), est une histoire incroyable mais vraie qui commence en lisière de la forêt des Vosges, un jour de 1940, quand un père et un fils partis cueillir des champignons tombent par hasard sur un « pauvre nègre » endormi aux pieds des arbres. Qui est cet homme ? Que fait-il ? Pourquoi est-il là ? Où veut-il aller ?

L'histoire est une source intarissable, et celle de la Seconde Guerre mondiale est toujours puisée. Tierno Monénembo en exhume un récit aussi méconnu qu'extraordinaire, celui d’Addi Bâ.

Qui est Addi Bâ? D’où vient-il ? Que fait-il ? C'est ce que révèle le nouveau roman de Tierno Monénembo raconté par la voix de la jeune Germaine Tergoresse (dix-sept ans). Dans son village vosgien, l'étranger Addi Bâ devint inoubliable…

Cet homme né en Guinée en 1916 a fait partie des tirailleurs sénégalais et a participé aux batailles des Ardennes. Le récit de Tierno Monénembo démarre vers la fin de l'année 1940 quand Addi Bâ se retrouve affamé dans la forêt d'un village vosgien. Il trouve refuge grâce à une institutrice qui l'héberge dans l'appartement de l'école désertée. Puis, c'est le maire de Tollaincourt qui le met en contact avec le réseau de Marcel Arburger. Rapidement, Addi, celui que les Allemands appellent le «terroriste noir», devint le chef local du maquis de la Délivrance qu’il a créé. Il apporta aussi son appui à tous les jeunes qui fuirent le STO.

Torturé, Addi Bâ s’est tu obstinément et ne révéla aucun secret de la Résistance. Il a été condamné par les nazis puis fusillé avec son ami Marcel Arburger, le 18 décembre 1943, après avoir été blessé par balle sur le plateau de la Vierge, à Epinal. Ce résistant de la première heure n’a reçu la médaille de la Résistance à titre posthume qu’en 2003, soixante ans après sa mort…

Gloire à sa mémoire !
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Tierno Monénembo s'est emparé de cette histoire avec brio car le lecteur a véritablement l’impression de vivre les évènements décrits.

«On fleurit les tombes, on réchauffe le Soldat inconnu, Vous, mes frères obscurs, personne ne vous nomme.»

Tierno Monénembo a choisi ces vers de Léopold Sédar Senghor pour ouvrir son magnifique roman et donner enfin un nom à un héros méconnu.

Beaucoup d’entre nous ignorent encore que les Noirs furent nombreux à lutter pour la liberté de la France. Dès 1940, on en compte dans les organisations de Résistance et, en 1944, ils viennent grossir les rangs des maquisards. Dans le Vercors, par exemple, en juillet 1944, se trouvent parmi les FFI cinquante-deux tirailleurs sénégalais, ancien prisonniers de guerre évadés, considérés par leur chef comme « les meilleurs éléments du massif ».

On se rappelle de l’évocation d’Addi Bâ par Lilian Turam dans son très beau et instructif livre : Mes étoiles Noires, écrit en 2010 aux éditions Philippe Rey.

A travers la figure fascinante d’Addi Bâ, c’est aussi le quotidien des villageois des Vosges qui est conté, avec la plume vive et fluide de Tierno Monénembo que nous remercions pour son devoir de mémoire qui devient nôtre.

« Le terroriste noir » de Tierno Monénembo, aux éditions du Seuil, 225 pages

Extrait page 119 : « Il fallait passer les armes, les tracts, les messages codés sous la barbe des SS. Il fallait braver les patrouilles et les intempéries, se rencontrer dans les lieux les plus insolites, se confier à des inconnus qui pouvaient être des mouchards ou des amis, sacrifier ses loisirs et sa vie de famille, risquer à chaque instant le poteau ou la chambre à gaz… Tout cela relevait de la folie ou de l’impossible, tout cela pompait l’énergie, vous foutait les nerfs en l’air, mais cette résistance-là, somme toute, leur paraissait moins harassante que l’autre, celle qu’en secret ils menaient tous les deux pour échapper à l’abîme… »
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Tierno Monénembo est né en 1947 en Guinée. Il a reçu le prix Renaudot en 2008 pour son roman "Le roi de Kahel", aux éditions du Seuil. Son œuvre comprend une dizaine d’ouvrages évoquant le pays peul.

Par Florence Courthial
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