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NOTRE COUP DE COEUR...

20 ANS d'acquisitions du musée du Quai Branly Jacques Chirac

 

Exposition du 24 septembre 2019 au 26 janvier 2020

Musée du Quai Branly - Jacques Chirac

Plus d’information sur www.quaibranly.fr

20 ans. Les acquisitions du musée Quai Branly - Jacques Chirac, est une exposition remarquable, témoin de la vitalité des créations d'Afrique, d'Océanie, d'Asie et des Amériques. Depuis sa première acquisition en 1998 une statuette féminine provenant du Mexique, créée entre 600 et 200 avant J.-C., symbole iconique du musée du quai Branly, jusqu'à nos jours, vous découvrirez plus de 500 chefs-d'oeuvre des arts premiers, principalement...



LA DERNIERE BAGNARDE
Mercredi, 28 Septembre 2011 07:58
altLa dernière bagnarde, le dernier roman de Bernadette Pécassou-Camebrac, hypnotise le lecteur dès les premières pages.

Nous connaissons tous la réputation des bagnes de Guyane avec plus de 200.000 hommes déportés pendant la IIIe République mais qui sait ce qu’ont vécu les 2.000 femmes reléguées à cet état ?
Après une minutieuse enquête de deux années, la romancière Bernadette Pécassou-Camebrac, restitue avec son écriture fluide, sensible et énergique, la vie de ces femmes abandonnées à un sort dramatique.

L’histoire de Marie Bartête, orpheline native d’Oloron dans le Béarn, est celle d’une jeune femme de vingt ans condamnée à partir au bagne en Guyane française, d’où elle ne revint jamais, pour avoir simplement commis quelques vols à l’arraché…

Mais l’enfer est-il celui auquel on pourrait penser ? Le bagne, synonyme de travaux forcés, est-il l’unique supplice de Marie ?
312 pages lues d’une traite car l’auteure nous transporte dans un univers inimaginable et jamais raconté auparavant, où se mêlent les souvenirs, l’espoir, les rêves des bagnardes avec l’ignominie humaine et les affres de la jungle.

Les femmes étaient jetées par centaine à fond de cale du bateau où l’air était irrespirable et infecte. Marie pense alors aux paroles de sa mère qu’elle a à peine connue : « N’oublie jamais la merveilleuse odeur du soleil ! » [p 41]. On se demande pourquoi le passé vient toujours hanter le présent des hommes et des femmes qui traversent des moments tragiques ?

Marie et les autres femmes forçats vivent six semaines cauchemardesques avant d’arriver en Guyane (pour celles qui arrivent). Les conditions de transport sont catastrophiques, les femmes ne pouvant se détendre qu’une heure par jour sur le pont. Humiliations et viols sont de mise, et le pire reste à venir… Lorsque les premières femmes arrivent à Saint-Laurent du Maroni, elles ne sont pas attendues

par le directeur du bagne qui n’a aucune infrastructure d’accueil pour elles. Elles doivent alors remonter sur le bateau et attendre le lendemain pour débarquer et s’installer « provisoirement » dans une ancienne école de garçons.

Ce pénitencier de substitution est un vieux carbet puant, humide et pourri. Les morts s’y succèdent, soit sous les coups des gardiens, soit à cause des épidémies. Les bagnardes sont toujours malades. En quelques mois, Marie n’a plus que la peau sur les os car elle est sous-alimentée.

« Une angoisse l’étreignit. Plus que la mort, plus que la maladie, réaliser qu’elle serait vieille à vingt ans à peine passés, fut pour Marie un choc sans aucune commune mesure avec les souffrances qu’elle avait endurées jusqu’alors. Comment lutter contre le temps qui s’accélère et qu’on ne voit pas ? » [page 178]

A Saint-Laurent du Maroni, les hommes vivent en maîtres assurés d’impunité, et la plupart se sont transformés en « maquereaux ». Mais les pires ennemis à cette époque et dans ces conditions de survie épouvantables sont les insectes invisibles dont certains ont des piqûres mortelles ou provoquant des maladies incurables.

Marie suffoque, mais Marie survit grâce à ses fantasmes. Pour sortir du bagne, elle se marie… avec un bagnard ; son cadeau de mariage devient l’enfer de la prostitution !

Avec ce roman poignant et totalement bouleversant, on est projeté en 1888 et on prend conscience des atrocités vécues par ces pauvres femmes illettrées, incapables de témoigner de leur destin tragique ; elles ont toutes sombré dans l’oubli le plus total…

La dernière bagnarde, roman de Bernadette Pécassou-Camebrac, aux éditions Flammarion

L’auteure est journaliste et réalisatrice pour la télévision. Elle a publié cinq romans à succès chez Flammarion : La Belle Chocolatière (2001), le Bel Italien (2003), l’Impératrice des roses (2005), la Villa Belza (2007) et La Passagère du France (2009).

Par Florence Courthial top